L’Europe spatiale vient de franchir une étape symbolique importante. Le prototype de combinaison spatiale EuroSuit est officiellement arrivé à bord de la Station spatiale internationale après avoir été transporté par une capsule Crew Dragon de SpaceX dans le cadre de la mission cargo CRS-34 de la NASA. Une arrivée loin d’être anodine puisque cette combinaison française va désormais être testée en conditions réelles de micropesanteur par l’astronaute Sophie Adenot dans le cadre de la mission Epsilon. Derrière ce projet se cachent le CNES, Spartan Space, MEDES… mais aussi Decathlon, qui apporte son expertise dans les textiles techniques et l’ergonomie humaine. Une collaboration étonnante sur le papier, mais qui montre à quel point les frontières entre industrie traditionnelle et conquête spatiale sont aujourd’hui en train de disparaître.
Une combinaison spatiale française pensée pour les missions habitées européennes
Attention toutefois : EuroSuit n’est pas une combinaison destinée aux sorties dans l’espace comme celles utilisées lors des EVA de la NASA. Il s’agit d’une combinaison dite IVA, pour “Intra-Vehicular Activity”, conçue pour être portée à l’intérieur d’un vaisseau spatial pendant les phases critiques d’une mission : décollage, amarrage, rentrée atmosphérique ou situation d’urgence. Son rôle est essentiel puisqu’elle doit protéger les astronautes en cas de dépressurisation ou de problème à bord. Jusqu’ici, l’Europe ne possédait pas réellement de solution moderne développée localement pour ce type d’utilisation.
Le projet a été lancé par le CNES dans le cadre du programme Spaceship FR avec un objectif clair : développer progressivement des technologies stratégiques pour les futures missions habitées européennes et réduire la dépendance vis-à-vis des équipements américains ou russes.
Decathlon joue ici un rôle bien précis. L’entreprise française apporte notamment son savoir-faire dans la mobilité du corps humain, le confort, les textiles techniques et l’ergonomie. Le prototype intègre par exemple des articulations souples au niveau des épaules, des coudes ou des genoux afin d’améliorer les mouvements en microgravité. Le casque utilise également une structure plus légère et adaptée à la morphologie des astronautes.
Pourquoi EuroSuit va être testée directement dans l’ISS
Le prototype actuellement présent à bord de l’ISS n’est pas encore une version entièrement finalisée de la combinaison. Cette première mission sert avant tout à analyser son ergonomie et son utilisation en conditions réelles de micropesanteur. C’est l’astronaute française Sophie Adenot qui sera chargée de mener les différents tests directement dans la station spatiale.
Les équipes veulent notamment vérifier la facilité d’enfilage de la combinaison, un point considéré comme crucial dans le cadre d’une urgence à bord d’un vaisseau spatial. EuroSuit a justement été pensée pour pouvoir être mise ou retirée en moins de deux minutes sans assistance extérieure, contrairement à certaines combinaisons beaucoup plus complexes utilisées aujourd’hui.
Sophie Adenot devra également manipuler des objets du quotidien présents dans l’ISS, tester les mouvements des bras et des jambes ou encore utiliser les écrans tactiles de la station avec les gants de la combinaison.
Les données récoltées pendant cette phase d’expérimentation seront ensuite utilisées pour développer une future version beaucoup plus avancée de l’EuroSuit. Les prochaines générations devront intégrer des systèmes de survie complets comme la gestion de l’atmosphère respirable, la résistance au feu, l’étanchéité ou encore des communications embarquées directement dans le casque. Avec ce projet, l’Europe ne cherche donc pas simplement à fabriquer une nouvelle combinaison spatiale, mais à construire progressivement une véritable autonomie technologique pour ses futures missions lunaires et martiennes.


